Délégation Aude-Roussillon

Huguette, bénévole à Quillan

« J’ai fait un rêve… »
Laissez la mer derrière vous et pénétrez dans une large vallée dominée par des pics sauvages. La vigne s’étage sur les coteaux ; les villages ont les noms de ces vins du Roussillon – maury, caramany, lesquerde – puissants mais si soyeux en bouche. Des casots, ces cabanons de vignerons, s’éparpillent çà et là ; une chapelle se blottit dans la forêt de chênes-lièges. Puis les parois se resserrent, la pierre surplombe la route, les citadelles, témoins de l’Histoire, couronnent des pics vertigineux : vous êtes dans la Haute Vallée. Voilà Quillan dans l’Aude, jolie ville tranquille où les jours semblent couler dans la douceur d’un temps préservé. Un rêve ? Pas exactement, Quillan autrefois si laborieuse a souffert, voilà longtemps que les usines Formica ont fermé ; la crise aujourd’hui se rajoute aux autres…

Mais continuez, poussez la porte du Secours Catholique ; vous y êtes. Demandez Huguette et laissez le charme agir. Elle vous reçoit, avec son cœur, non pas au Secours Catholique, non pas chez elle, mais chez vous, dans cette maison qu’elle vous présente comme la vôtre, celle où vous pouvez vous installer, celle qui sera toujours ouverte pour vous accueillir. Regardez la fleur fraîche dans son vase, les photos de tous les bénévoles au mur de la cuisine ; et le coin pour les enfants, l’avez-vous remarqué ? Tout y a été aménagé pour vous.

Et puis, laissez Huguette parler… elle a tant à dire ! Elle vous dira que ce qui compte, dans la vie comme au Secours Catholique, ce n’est pas ce qu’on dit, c’est ce qu’on fait et que la cordialité d’un accueil, d’un sourire, valent mille discours. « Ce sont nos actes qui interpellent. » Elle vous dira que si elle a contribué à fonder ce refuge c’est par fidélité à ses idéaux de syndicaliste, pour aider l’homme à rester debout, pour qu’à chacun soit donné le respect qui lui est dû, par amour de l’Autre. L’indifférence et l’inaction sont pour elle inconcevables.

Huguette n’admire rien tant que la devise de monseigneur Rodhain, fondement même du Secours Catholique : l’association a pour objet « d’apporter, partout où le besoin s’en fera sentir, à l’exception de tout particularisme national ou confessionnel, tout secours et toute aide, directe ou indirecte, morale ou matérielle, quelles que soient les opinions philosophiques ou religieuses des bénéficiaires. » (Extrait des statuts du Secours Catholique, article 1er.)

« Notre espérance, dit-elle, est de faire vivre cette association pour que rayonne la fraternité. Il ne suffit pas de distribuer, l’essentiel est ailleurs, dans l’écoute, le respect, la générosité, le partage. » Elle ne cesse Huguette de redire que tous les hommes sont frères, un arbre dit-elle, l’humanité. Ensuite les branches se distinguent mais c’est pour former un ramage plus beau, plus riche.
La diversité est une richesse.

Et comme toujours, Huguette met en pratique ses paroles, et « son » équipe en est l’image : elle a fondé cet accueil du Secours Catholique avec l’aide du père Rémi, un prêtre malgache, et d’un couple d’anglicans, Robert et Pauline qui, lors de leur retour dans leur Angleterre natale, ont laissé comme message à leur coreligionnaires d’adresser au Secours Catholique des dons en nature. Depuis, les colis arrivent et alimentent régulièrement la maison. Dans son équipe : Sandrine, une jeune femme au sourire éclatant, « elle enthousiasme les accueillis » dit Huguette ; Fawzia, douce et réservée, afghane, elle s’affaire à la boutique solidaire ; et puis Andrée, Évelyne, Jeanne-Marie, Yvette, Henriette, Béatrice, Guy (pardon à ceux que j’oublie, elle vous a tous cités…), des bénévoles amis que la vie n’a pas toujours épargnés et dont elle parle comme d’une famille proche. Ils sont sa source généreuse.
Être bénévole, pour Huguette, c’est recevoir infiniment plus qu’on ne donne, dans la joie et la tolérance. 

Une escarmouche de temps en temps, heureusement, « on n’est pas dans un conte de fées », dirait monseigneur Marceau, évêque de Perpignan, mais chaque bénévole est cher à son cœur. Elle le répète encore et encore, les bénévoles au Secours Catholique ne doivent pas être oubliés ; ils sont partie prenante de notre si grande association. Et quand l’un des leurs est dans la peine, le premier devoir est de le soutenir (pardon à Danielle dit-elle ; je n’ai appris que tard son hospitalisation et suis désolée que nous nous soyons si peu manifestés). Enthousiaste et généreuse, Huguette contribue à dynamiser le Secours Catholique ; « sans l’amour des autres on n’est rien » affirme-t-elle, de tous les autres.

Huguette a accroché une petite croix, discrète, dans le bureau et elle précise : « Si un jour on me demande pourquoi une croix dans une maison ouverte à tous, je répondrais : parce que cette croix m’aide à partager le poids de ta croix, celle que tu portes en toi et qui est bien plus lourde. »
Par cette croix, colorée et joyeuse, la maison n’est jamais vide, Huguette n’est jamais seule. Il est toujours là.

Nous avons parlé, longtemps. J’espère qu’elle me pardonnera d’avoir tant écouté et si peu écrit…
Merci Huguette.
Je vous avais dit : « J’ai fait un rêve… »

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